27 novembre 2006
L'AMOUR GUERIT TOUT
16 novembre 2006
HUBERT-FELIX THIEFAINE
Roi des mots et de la rime, prince de l'insolence et de la dénonciation, Hubert Félix Thiéfaine est classé depuis trente ans, parmi les inclassables. Loin des aléas du goût du showbiz et des médias, l'oeuvre du chanteur poète est des plus singulières, plébiscitée par un public jeune, puis moins jeune et à nouveau jeune. Sans âge. Comme la prose de Thiéfaine.
Chui trop contente Vendredi 17 /11/ donc demain, je vais voir THIEFAINE !!! Yes c’est la 3ème fois mais faut dire qu’il a marqué ma vie, mes parents l’écoutait je devait avoir à peine 7 ans et malgré des textes très particulier d’ailleurs j’ai mis un de mes textes préfères : je t’en remets au vent et c’est une de ses chansons les plus « normal » mais thiéfaine ça s’écoute plus que ça se lit.
JE T’EN REMETS AU VENT
D'avoir voulu vivre avec moi
T'as gâché deux ans de ta vie
Deux ans suspendus à ta croix
A veiller sur mes insomnies
Pourtant toi tu as tout donné
Et tout le meilleur de toi-même
A moi qui ai tout su garder
Toujours replié sur moi-même
Mon pauvre amour, sois plus heureuse maintenant
Mon pauvre amour, je t'en remets au vent
Toi tu essayais de comprendre
Ce que mes chansons voulaient dire
Agenouillée dans l'existence
Tu m'encourageais à écrire
Mais moi je restais hermétique
Indifférent à tes envies
A mettre sa vie en musique
On en oublie parfois de vivre
Mon pauvre amour, sois plus heureuse maintenant
Mon pauvre amour, je t'en remets au vent
Tout est de ma faute en ce jour
Et je reconnais mes erreurs
Indifférent à tant d'amour
J'accuse mes imbuvables humeurs
Mais toi ne te retourne pas
Va droit sur ton nouveau chemin
Je n'ai jamais aimé que moi
Et je reste sans lendemain
Mon pauvre amour, sois plus heureuse maintenant
Mon pauvre amour, je t'en remets au vent
Mon pauvre amour, sois plus heureuse maintenant
Mon pauvre amour, je t'en remets au vent
24 octobre 2006
Ordre du jour
Tenir l'âme en état de marche
Tenir le contingent à distance
Tenir l'âme au-dessus de la mêlée
Tenir Dieu pour une idée comme une autre
un support, une éventualité,
une contrée sauvage de l'univers poétique
Tenir les promesses de son enfance
Tenir tête à l'adversité
Ne pas épargner l'adversaire
Tenir parole ouverte
Tenir la dragée haute à ses faiblesses
Ne pas se laisser emporter par le courant
Tenir son rang dans le rang de ceux qui sont décidés
à tenir l'homme en position estimable
Ne pas se laisser séduire par la facilité
sous le prétexte que les pires
se haussent commodément au plus haut niveau
et que les meilleurs ont peine à tenir la route
Etre digne du privilège d'être
sous la forme la plus réussie: l'homme.
Ou mieux encore, la femme.
23 octobre 2006
Emilie Jolie
Je ne sait pas si il y as beaucoup de nostalgique mais moi, Emilie JOLIE, ça me rappelle mon enfance, j’aimais parce que déjà c’était en musique qu’on n’y racontais une histoire et parce qu’aussi il y avait mon grand-père !! Eh oui pendant longtemps j’ai cru que Georges BRASSENS était mon grand-père maternelle, et je trouve toujours qu’il y avait une ressemblance certaine…Je me rappelle aussi une fois qu’il y avait Georges Brassens sur deux chaînes de télévision alors déjà je ne comprenais pas qu’étant mort qu’il soit à l’écran mais alors sur deux chaînes en même temps c’était magique !!!!
CHANSON DU HÉRISSON
EMILIE:
Aïe, je me suis piquée à la main!
LE CONTEUR:
Ça, c'est la page du hérisson. Tiens, qu'est-ce que je te disais, le voilà!
LE HÉRISSON:
Évidemment, c'est toujours pareil, on se pique à ma page, on se pique en me caressant... Et les gens se piquent d'avoir du coeur. Et moi je ne suis qu'un hérisson tout seul, tout seul, tout seul...
Oh qu'est-ce qu'il pique ce hérisson
Oh qu'elle est triste sa chanson
CHOEURS:
Oh qu'est-ce qu'il pique ce hérisson
Oh qu'elle est triste sa chanson
LE HÉRISSON:
C'est un hérisson qui piquait qui piquait
Et qui voulait qu'on le caresse-resse-resse
On le caressait pas pas-pas-pas-pas
Non pas parce qu'il piquait pas mais parce qu'il piquait
CHOEURS:
C'est un hérisson qui piquait qui piquait
Et qui voulait qu'on le caresse-resse-resse
On le caressait pas pas-pas-pas-pas
Non pas parce qu'il piquait pas mais parce qu'il piquait
LE CONTEUR:
Oh qu'est-ce qu'il pique ce hérisson
Oh qu'elle est triste sa chanson
LE HÉRISSON:
Quelle est la fée dans ce livre
Qui me donnera l'envie de vivre
Quelle est la petite fille aux yeux bleus
Qui va me rendre heureux?
CHOEURS:
Quelle est la fée dans ce livre
Qui lui donnera l'envie de vivre
Quelle est la petite fille aux yeux bleus
Qui lui rendra heureux?
EMILIE:
Moi, je ne vois que moi
Il n'y a que moi
Dans ce livre-la
Moi, je ne vois que moi
Il n'y a que moi
Dans ce livre-la
La la la la la...
La la la la la...
La la la la la...
La la la la la...
LE CONTEUR:
Émilie allez caresser le hérisson
EMILIE:
Elle n'est plus triste
Cette chanson
J'ai caressé le hérisson
CHOEURS:
Il n'est plus triste
Le hérisson
Elle a caressé la chanson
LE CONTEUR:
Mais non! Le hérisson!
CHOEURS:
Mais non! Le hérisson!
LE CONTEUR:
Pom-pom!
Demande-lui pour le prince!
EMILIE:
Hérisson! Nous sommes à la recherche du prince charmant...
LE HÉRISSON:
Ah! C'est toujours pareil, un prince charmant. Les sens sont toujours à la recherche des princes charmants, mais jamais des hérissons...
EMILIE:
Mais c'est pour la sorcière, pour qu'elle devienne une princesse
LE HÉRISSON:
Une princesse et la sorcière c'est toujours pareil. Les gens sont toujours a vouloir changer les sorcières en princesses, mais jamais les hérissons qui piquent à en hérissons qui ne piquent plus... Enfin tournez ma page et bonne chance. Vous finirez bien par lui trouver, ce prince charmant.
EMILIE:
Oh! Regarde, on dirait la lune!
LE CONTEUR:
Ça ressemble plutôt à la planète Mars.
EMILIE:
Tu y a déjà été?
LE CONTEUR:
Non.
EMILIE:
Regarde qui arrive!
LE CONTEUR:
Qui est-ce?
EMILIE:
Je ne sais pas!
LE CONTEUR:
Demande-lui!
16 octobre 2006
Devos
Le parcmètre
- Les parcmètres, c'est une tricherie.
- Vous savez que ça rapporte une fortune aux pouvoir publics.
- Une fortune.
- Je le sais parce que mon voisin s'est fait installer un petit parcmètre clandestin devant chez lui.
- Tous les soirs, il va retirer la recette.
- Il vit bien.
- Il s'est même acheté une voiture.
- Évidemment, il l'a mise devant son parcmètre.
- Depuis, il ne fait plus un rond.
- Mais ça, c'est de sa faute.
raymond devos
Parler pour ne rien dire
Mesdames et messieurs ... je vous signale tout de suite que je vais parler pour ne rien dire. 
Oh! je sais! Vous pensez :
« S'il n'a rien à dire ... il ferait mieux de se taire ! »
Evidemment! Mais c´est trop facile! ... C´est trop facile!
Vous voudriez que je fasse comme tout ceux qui n´ont rien à dire et qui le gardent pour eux?
Eh bien, non! Mesdames et messieurs, moi, lorsque je n´ai rien à dire, je veux qu´on le sache!
Je veux en faire profiter les autres!
Et si, vous-mêmes, mesdames et messieurs, vous n´avez rien à dire, eh bien, on en parle, on en discute!
Je ne suis pas ennemi du colloque.
Mais, me direz-vous, si on en parle pour ne rien dire, de quoi allons-nous parler?
Eh bien, de rien! De rien!
Car rien ... ce n´est pas rien
La preuve c´est qu´on peut le soustraire.
Exemple: Rien moins rien = moins que rien!
Si l´on peut trouver moins que rien c´est que rien vaut déjà quelque chose!
On peut acheter quelque chose avec rien!
En le multipliant
Un fois rien ... c´est rien
Deux fois rien ... ce n´est pas beaucoup!
Mais trois fois rien! ... Pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose ... et pour pas cher!
Maintenant, si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien:
Rien multiplié par rien = rien.
Trois multiplié par trois = neuf.
Cela fait rien de neuf!
Oui ... Ce n´est pas la peine d´en parler!
Bon! Parlons d´autres choses! Parlons de la situation, tenez !
Sans préciser laquelle!
Si vous le permettez, je vais faire brièvement l´historique de la situation, quelle qu´elle soit!
Il y a quelques mois, souvenez-vous la situation pour n´être pas pire que celle d´aujourd´hui n´en était pas meilleure non plus!
Déjà, nous allions vers la catastrophe et nous le savions ...
Nous en étions conscients!
Car il ne faudrait pas croire que les responsables d´hier étaient plus ignorants de la situation que ne le sont ceux d´aujourd´hui !
Oui ! La catastrophe, nous le pensions, était pour demain!
C´est-à-dire qu´en fait elle devait être pour aujourd´hui!
Si mes calculs sont justes!
Or, que voyons-nous aujourd´hui?
Qu´elle est toujours pour demain!
Alors, je vous pose la question, mesdames et messieurs:
Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire le jour même que nos l´éviterons? D´ailleurs je vous signale entre parenthèses que si le gouvernement actuel n´est
pas capable d´assurer la catastrophe, il est possible que l´opposition s´en empare!
13 octobre 2006
Un de mes textes Favories
Guy de Maupassant : Au bord du lit. Texte publié dans Gil Blas du 23 octobre 1883 sous la signature de Maufrigneuse, puis publié dans le recueil Monsieur Parent.
Numérisation : Rémi Charest
Mise en forme HTML (14 septembre 1998) : Thierry Selva
Un grand feu flambait dans l'âtre. Sur la table japonaise, deux tasses à thé se faisaient face, tandis que la théière fumait à côté contre le sucrier flanqué du carafon de rhum.
Le comte de Sallure jeta son chapeau, ses gants et sa fourrure sur une chaise, tandis que la comtesse, débarrassée de sa sortie de bal, rajustait un peu ses cheveux devant la glace. Elle se souriait aimablement à elle-même en tapotant, du bout de ses doigts fins et luisants de bagues, les cheveux frisés des tempes. Puis elle se tourna vers son mari. Il la regardait depuis quelques secondes, et semblait hésiter comme si une pensée intime l'eût gêné.
Enfin il dit :
- Vous a-t-on assez fait la cour, ce soir ?
Elle le considéra dans les yeux, le regard allumé d'une flamme de triomphe et de défi, et répondit :
- Je l'espère bien !
Puis elle s'assit à sa place. Il se mit en face d'elle et reprit en cassant une brioche :
- C'en était presque ridicule... pour moi !
Elle demanda :
- Est-ce une scène ? avez-vous l'intention de me faire des reproches ?
- Non, ma chère amie, je dis seulement que ce M. Burel a été presque inconvenant auprès de vous. Si... si... si j'avais eu des droits... je me serais fâché.
- Mon cher ami, soyez franc. Vous ne pensez plus aujourd'hui comme vous pensiez l'an dernier, voilà tout. Quand j'ai su que vous aviez une maîtresse, une maîtresse que vous aimiez, vous ne vous occupiez guère si on me faisait ou si on ne me faisait pas la cour. Je vous ai dit mon chagrin, j'ai dit, comme vous ce soir, mais avec plus de raison : Mon ami, vous compromettez Mme de Servy, vous me faites de la peine et vous me rendez ridicule. Qu'avez-vous répondu ? Oh ! vous m'avez parfaitement laissé entendre que j'étais libre, que le mariage, entre gens intelligents, n'était qu'une association d'intérêts, un lien social, mais non un lien moral. Est-ce vrai ?
Vous m'avez laissé comprendre que votre maîtresse était infiniment mieux que moi, plus séduisante, plus femme ! Vous avez dit : plus femme. Tout cela était entouré, bien entendu, de ménagements d'homme bien élevé, enveloppé de compliments, énoncé avec une délicatesse à laquelle je rends hommage. Je n'en ai pas moins parfaitement compris.
Il a été convenu que nous vivrions désormais ensemble, mais complètement séparés. Nous avions un enfant qui formait entre nous un trait d'union.
Vous m'avez presque laissé deviner que vous ne teniez qu'aux apparences, que je pouvais, s'il me plaisait, prendre un amant pourvu que cette liaison restât secrète. Vous avez longuement disserté, et fort bien, sur la finesse des femmes, sur leur habileté pour ménager les convenances, etc.
J'ai compris, mon ami, parfaitement compris. Vous aimiez alors beaucoup, beaucoup Mme de Servy, et ma tendresse légitime, ma tendresse légale vous gênait. Je vous enlevais, sans doute, quelques-uns de vos moyens. Nous avons, depuis lors, vécu séparés. Nous allons dans le monde ensemble, nous en revenons ensemble, puis nous rentrons chacun chez nous.
Or, depuis un mois ou deux, vous prenez des allures d'homme jaloux. Qu'est-ce que cela veut dire ?
- Ma chère amie, je ne suis point jaloux, mais j'ai peur de vous voir vous compromettre. Vous êtes jeune, vive, aventureuse...
- Pardon, si nous parlons d'aventures, je demande à faire la balance entre nous.
- Voyons, ne plaisantez pas, je vous prie. Je vous parle en ami, en ami sérieux. Quant à tout ce que vous venez de dire, c'est fortement exagéré.
- Pas du tout. Vous avez avoué, vous m'avez avoué votre liaison, ce qui équivalait à me donner l'autorisation de vous imiter. Je ne l'ai pas fait...
- Permettez...
- Laissez-moi donc parler. Je ne l'ai pas fait. Je n'ai point d'amant, et je n'en ai pas eu... jusqu'ici. J'attends... je cherche... je ne trouve pas. Il me faut quelqu'un de bien... de mieux que vous... C'est un compliment que je vous fais et vous n'avez pas l'air de le remarquer.
- Ma chère, toutes ces plaisanteries sont absolument déplacées.
- Mais je ne plaisante pas le moins du monde. Vous m'avez parlé du dix-huitième siècle, vous m'avez laissé entendre que vous étiez régence. Je n'ai rien oublié. Le jour où il me conviendra de cesser d'être ce que je suis, vous aurez beau faire, entendez-vous, vous serez, sans même vous en douter... cocu comme d'autres.
- Oh !... pouvez-vous prononcer de pareils mots ?
- De pareils mots !... Mais vous avez ri comme un fou quand Mme de Gers a déclaré que M. de Servy avait l'air d'un cocu à la recherche de ses cornes.
- Ce qui peut paraître drôle dans la bouche de Mme de Gers devient inconvenant dans la vôtre.
- Pas du tout. Mais vous trouvez très plaisant le mot cocu quand il s'agit de M. de Servy, et vous le jugez fort malsonnant quand il s'agit de vous. Tout dépend du point de vue. D'ailleurs je ne tiens pas à ce mot, je ne l'ai prononcé que pour voir si vous êtes mûr.
- Mûr... Pour quoi ?
- Mais pour l'être. Quand un homme se fâche en entendant dire cette parole, c'est qu'il... brûle. Dans deux mois, vous rirez tout le premier si je parle d'un... coiffé. Alors... oui... quand on l'est, on ne le sent pas.
- Vous êtes, ce soir, tout à fait mal élevée. Je ne vous ai jamais vue ainsi.
- Ah ! voilà... j'ai changé... en mal. C'est votre faute.
- Voyons, ma chère, parlons sérieusement. Je vous prie, je vous supplie de ne pas autoriser, comme vous l'avez fait ce soir, les poursuites inconvenantes de M. Burel.
- Vous êtes jaloux. Je le disais bien.
- Mais non, non. Seulement je désire n'être pas ridicule. Je ne veux pas être ridicule. Et si je revois ce monsieur vous parler dans les... épaules, ou plutôt entre les seins...
- Il cherchait un porte-voix.
- Je... je lui tirerai les oreilles.
- Seriez-vous amoureux de moi, par hasard ?
- On le pourrait être de femmes moins jolies.
- Tiens, comme vous voilà ! C'est que je ne suis plus amoureuse de vous, moi.
Le comte s'est levé. Il fait le tour de la petite table, et, passant derrière sa femme, lui dépose vivement un baiser sur la nuque. Elle se dresse d'une secousse, et, le regardant au fond des yeux :
- Plus de ces plaisanteries-là, entre nous, s'il vous plaît. Nous vivons séparés. C'est fini.
- Voyons, ne vous fâchez pas. Je vous trouve ravissante depuis quelque temps.
- Alors... alors... c'est que j'ai gagné. Vous aussi... vous me trouvez... mûre.
- Je vous trouve ravissante, ma chère ; vous avez des bras, un teint, des épaules...
- Qui plairaient à M. Burel...
- Vous êtes féroce. Mais là... vrai... je ne connais pas de femme aussi séduisante que vous.
- Vous êtes à jeun.
- Hein ?
- Je dis : Vous êtes à jeun.
- Comment ça ?
- Quand on est à jeun, on a faim, et quand on a faim, on se décide à manger des choses qu'on n'aimerait point à un autre moment. Je suis le plat... négligé jadis que vous ne seriez pas fâché de vous mettre sous la dent... ce soir.
- Oh ! Marguerite ! Qui vous a appris à parler comme ça ?
- Vous ! Voyons : depuis votre rupture avec Mme de Servy, vous avez eu, à ma connaissance, quatre maîtresses, des cocottes celles-là, des artistes, dans leur partie. Alors, comment voulez-vous que j'explique autrement que par un jeûne momentané vos... velléités de ce soir.
- Je serai franc et brutal, sans politesse. Je suis redevenu amoureux de vous. Pour de vrai, très fort. Voilà.
- Tiens, tiens. Alors vous voudriez... recommencer ?
- Oui, Madame.
- Ce soir !
- Oh ! Marguerite !
- Bon.. Vous voilà encore scandalisé. Mon cher, entendons-nous. Nous ne sommes plus rien l'un à l'autre, n'est-ce pas ? Je suis votre femme, c'est vrai, mais votre femme - libre. J'allais prendre un engagement d'un autre côté, vous me demandez la préférence. Je vous la donnerai... à prix égal.
- Je ne comprends pas.
- Je m'explique. Suis-je aussi bien que vos cocottes ? Soyez franc.
- Mille fois mieux.
- Mieux que la mieux ?
- Mille fois.
- Eh bien, combien vous a-t-elle coûté, la mieux, en trois mois ?
- Je n'y suis plus.
- Je dis : combien vous a coûté, en trois mois, la plus charmante de vos maîtresses, en argent, bijoux, soupers, dîners, théâtre, etc., entretien complet, enfin ?
- Est-ce que je sais, moi ?
- Vous devez le savoir. Voyons, un prix moyen, modéré. Cinq mille francs par mois : est-ce à peu près juste ?
- Oui... à peu près.
- Eh bien, mon ami, donnez-moi tout de suite cinq mille francs et je suis à vous pour un mois, à compter de ce soir.
- Vous êtes folle.
- Vous le prenez ainsi ; bonsoir.
La comtesse sort, et entre dans sa chambre à coucher. Le lit est entr'ouvert. Un vague parfum flotte, imprègne les tentures.
Le comte apparaissant à la porte :
- Ça sent très bon, ici.
- Vraiment ?... Ça n'a pourtant pas changé. Je me sers toujours de peau d'Espagne.
- Tiens, c'est étonnant... ça sent très bon.
- C'est possible. Mais, vous, faites-moi le plaisir de vous en aller parce que je vais me coucher.
- Marguerite !
- Allez-vous-en !
Il entre tout à fait et s'assied dans un fauteuil.
La comtesse :
- Ah ! c'est comme ça. Eh bien, tant pis pour vous.
Elle ôte son corsage de bal lentement, dégageant ses bras nus et blancs. Elle les lève au-dessus de sa tête pour se décoiffer devant la glace ; et, sous une mousse de dentelle, quelque chose de rose apparaît au bord du corset de soie noire.
Le comte se lève vivement et vient vers elle.
La comtesse :
- Ne m'approchez pas, ou je me fâche !...
Il la saisit à pleins bras et cherche ses lèvres.
Alors, elle, se penchant vivement, saisit sur sa toilette un verre d'eau parfumée pour sa bouche, et, par-dessus l'épaule, le lance en plein visage de son mari.
Il se relève, ruisselant d'eau, furieux, murmurant :
- C'est stupide.
- Ça se peut... Mais vous savez mes conditions : Cinq mille francs.
- Mais ce serait idiot !...
- Pourquoi ça ?
- Comment, pourquoi ? Un mari payer pour coucher avec sa femme !...
- Oh !... quels vilains mots vous employez !
- C'est possible. Je répète que ce serait idiot de payer sa femme, sa femme légitime.
- Il est bien plus bête, quand on a une femme légitime, d'aller payer des cocottes.
- Soit, mais je ne veux pas être ridicule.
La comtesse s'est assise sur une chaise longue. Elle retire lentement ses bas en les retournant comme une peau de serpent. Sa jambe rose sort de la gaine de soie mauve, et le pied mignon se pose sur le tapis.
Le comte s'approche un peu et d'une voix tendre :
- Quelle drôle d'idée vous avez là ?
- Quelle idée ?
- De me demander cinq mille francs.
- Rien de plus naturel. Nous sommes étrangers l'un à l'autre, n'est-ce pas ? Or vous me désirez. Vous ne pouvez pas m'épouser puisque nous sommes mariés. Alors vous m'achetez, un peu moins peut-être qu'une autre.
Or, réfléchissez. Cet argent, au lieu d'aller chez une gueuse qui en ferait je ne sais quoi, restera dans votre maison, dans votre ménage. Et puis, pour un homme intelligent, est-il quelque chose de plus amusant, de plus original que de se payer sa propre femme. On n'aime bien, en amour illégitime, que ce qui coûte cher, très cher. Vous donnez à notre amour... légitime, un prix nouveau, une saveur de débauche, un ragoût de... polissonnerie en le... tarifant comme un amour coté. Est-ce pas vrai ?
Elle s'est levée presque nue et se dirige vers un cabinet de toilette.
- Maintenant, monsieur, allez-vous-en, ou je sonne ma femme de chambre.
Le comte debout, perplexe, mécontent, la regarde, et, brusquement, lui jetant à la tête son portefeuille :
- Tiens, gredine, en voilà six mille... Mais tu sais ?...
La comtesse ramasse l'argent, le compte, et d'une voix lente :
- Quoi ?
- Ne t'y accoutume pas.
Elle éclate de rire, et allant vers lui :
- Chaque mois, cinq mille, monsieur, ou bien je vous renvoie à vos cocottes. Et même si... si vous êtes content... je vous demanderai de l'augmentation.
23 octobre 1883











